Vivre dans ou hors du flux

Posted on 26 juin 2013

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Le monde virtuel infodocumentaire se rappelant à mon bon
souvenir1, il m’est venu une petite volonté de gloser quelques minutes sur une mutation que, cher lecteur, tu as sans doute remarqué : ma disparition complète de la sphère webdocumentaire.
Je n’ai jamais pris le temps d’expliquer le pourquoi du comment, et c’est sans doute l’occasion qui fait le larron !

1.1 Une non-nécessité qui pèse

Tout d’abord, il m’apparaît important de mentionner la pesante nécessité que l’on ressent lorsque l’on rentre dans le flux.

D’une part, il y a ce besoin de recueillir un maximum d’information pertinente, de sélectionner ses sources de façon efficace et réfléchie. D’autre part, il y a ce sentiment grandissant que l’information qu’on collecte doit être réinjectée dans le réseau, agrémentée d’un petit commentaire personnel ; commentaire qui, qui plus est, doit être concis et bien senti si l’on veut le voir répercuté plus loin.

Mais quelle est la pertinence à collecter plus de deux cents tweets par heure, quelques 50 billets de blogs en flux RSS par jour qui en fait ne sont que les articles déjà relayés par les réseaux sociaux ?

Quelle importance donner à son propre commentaire, alors qu’il y en a déjà des centaines ? Pourquoi se dire que son propre commentaire a plus de valeur que celui des autres ? Quel est le plaisir qu’on peut retirer de ce petit jeu concours ?

Et je ne parle encore que des problèmes liés aux réseaux sociaux…Concernant les blogs, la situation est encore pire: sur un simple sujet “nouveau”, on peut aller jusqu’à une vingtaine de billets par jour, rien que dans son propre réseau. Comment faire pour se démarquer dans les arcanes numériques ?

La situation est tellement complexe que l’on en est à utiliser des méthodes de SEO simplement pour apparaître dans les 10 premiers sacro-saints résultats google… Et cela à un simple niveau personnel !

Dans le flux, il n’est plus question d’être simple spectateur, mais d’être acteur dans son réseau. Mais acteur de quoi ? de sa renommée ? de sa personnalité numérique ?

Le poids qu’impose cette guerre de pouvoir est non seulement usant, mais chronophage. Quand on remet en question la valeur et l’importance de son propre commentaire, il me semble que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

1.2 Une veille personnelle plus restreinte et réfléchie

Après quelques temps passé dans le flux (un an, de ce que j’ai pu voir dans mon historique), j’ai eu le temps d’expérimenter les différentes étapes d’insertion dans le système.

L’aspect “observation” est intéressant mais on se retrouve vite submergé par cet information overload ambiant qui gène la bonne visibilité des informations pertinentes. A fortiori, la collecte, même bien menée, sur les réseaux sociaux amènent son lot de billets de blog totalement inutiles, apportant encore plus de bruit que ce que l’on peut déjà collecter.

En contre-partie, maintenant que j’ai rebasculé en veille plus traditionnelle, je récupère toujours des informations sur ce qui se passe dans le milieu webdocumentaire, mais avec des sources généralement de première main (par exemple, les google blogs et l’annonce de la fermeture de google reader) qui font plus état
d’une information neutre. En ne suivant plus les répercussions sur les réseaux sociaux ou les blogs personnels, je perds, certes, une analyse parfois profonde de la situation (ce qui est dommage) mais j’évacue également une masse d’information biaisée et vide de sens (ce qui est agréable).

En parallèle, et j’en reste sur l’exemple de la fermeture de google reader, tout ce que j’ai pu observer comme analyse – pétitions contre la fermeture arguant que cet outil est utilisé de façon trop globale pour être supprimé, listing et analyse d’outils qui pourraient le remplacer, critique sur l’aspect positif de la fermeture – ne m’a pas surpris le moins du monde : j’y avais déjà pensé moi-même (hormis les pétitions, que je trouve
idiotes2). Si la veille et la présence sur le web 2.0 ne me mène qu’à aquiescier quand je lis ce que je pense, ou qu’à hausser les épaules et publier une réponse cinglante quand je ne suis pas d’accord, je n’en vois aucun intérêt.

Pour ma part, la veille sur des sources primaires et officielles me suffit largement. Je connais les biais rencontrés dans ce contexte — l’aspect commercial primera toujours sur l’aspect purement factuel –, mais j’estime avoir suffisamment confiance en ma propre capacité à analyser une information, sans ressentir la nécessité d’aller me référer à la réflexion des autres.

Certes, certains blogs restent des sources intéressantes et font toujours partie de mes références, mais j’effectue leur sélection avec plus de réflexion qu’avant et je n’hésite pas à supprimer des sources qui s’avèrent décevantes. Bien entendu, j’avais déjà mis en application un certain filtrage lorsque j’étais dans le flux3
mais la masse de contacts en faisait tout de même une source
infobèse4.

En quittant le flux, j’ai également récupéré une grosse partie de temps libre. J’ai retrouvé mes lectures, professionnelles comme fictionnelles et du temps pour apprendre de nouvelles choses, plutôt que de ressasser les mêmes informations pré- et remâchées de
la journée.

J’imagine que j’ai heurté certaines sensibilités parmi vous, lecteurs, mais à vrai dire peu m’importe. Je connais déjà certains commentaires qui suivront ce billet de blog (par exemple : “et l’aspect social alors ?”) mais je suis curieux d’en voir les répercutions.

Si vous comptez me répondre (et non simplement me relayer), merci de le faire en commentaires sur mon blog. Je n’irai pas sur twitter juste pour le plaisir de voir mon article rebondir dans le flux… c’est justement la suppression de ce besoin qui est le sujet de ce billet !

1 Merci d’ailleurs à l’équipe de folksonomie.wordpress.com pour la citation !

2 Et voilà un petit exemple de commentaire bien senti et tout à fait personnel qui n’intéresse personne…

3 J’ai toujours été contre le “tu me followes, je te followes en retour” et ai toujours sélectionné avec soin mes contacts.

4 Je suis visiblement à 147 personnes de référence. En comptant 10 tweets par personnes, ça fait 176.400 caractères par jour, soit 117 feuillets pour un journal…