Bibliothèque : hybridation par la racine

Posted on 20 août 2010

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Introduction et recadrage

Il est important de préciser la situation assez particulière de ma bibliothèque : il s’agit d’une bibliothèque publique, spécialisée en sciences. Le fonds est essentiellement subsidié par l’État, mais est exploité presqu’exclusivement par des chercheurs « privés ».

Cette situation, tout particulière qu’elle est, n’est sans doute pas représentative de l’ensemble du secteur bibliothéconomique mais, de par la diversité des tâches et fonctions de l’institution, permet un regard global sur le domaine informationnel.

Ceci se veut un article de fond.

L’hybridation ? Késaco ?

Notion apparue vers la fin des années 1990-début 2000, la bibliothèque hybride consiste en l’ajout de fonctionnalités numériques (principalement) aux tâches courantes des bibliothécaires : l’hybridation demande la combinaison de la gestion d’un fonds papier à celle d’un fonds électronique, la conscientisation des besoins informatiques et web,…

Vu la relative ancienneté du concept, je ne vais pas vous proposer une définition complète — vous la connaissez sans doute déjà. Si ça n’est pas le cas, je vous suggère de faire un petit tour ici avant d’aller plus loin dans cet article.

L’hybridation ? Ah bon ? Où ça ?

Après de nombreux stages dans des bibliothèques et centres de documentation divers, et après plusieurs semaines de travail dans mon nouvel environnement, force (m’)est de constater que la fameuse notion de bibliothèque hybride dont on parle tant ne se développe pas ou, à tout le moins, tend à stagner après quelques innovations.

En effet, les connaissances liées à l’informatique — et je ne parle même pas de programmation, mais bien de connaissances basiques — ou aux technologies web ne semblent pas avoir percé au sein des institutions.

Le tintouin frémissant au sein des communautés bibliothéconomiques à propos du web 2.0 et du web 3.0 n’a pas encore fait écho partout.

Les notions que l’on nous assimile durant nos formations n’ont encore que peu de réalité sur le terrain :

  • L’automatisation des tâches et l’amélioration du workflow n’est que peu présente ; au mieux, le SIGB seul permet d’accomplir les actions de façon centralisée.
  • La veille informationnelle prend petit à petit de l’ampleur, mais n’a pas encore une place de choix parmi les tâches de la bibliothèque.
  • Le Knowledge Management est un concept, si pas ignoré, à tout le moins incompris.
  • Les questions de préservation des données numériques, de gestion des métadonnées des documents web, de l’Open Source,… ne sont que peu prises en considération.

L’hybridation des bibliothèques ne semble pas avoir pris place dans les institutions, bien ancrées dans leurs traditions.

Après un premier gain d’intérêt pour la notion, notamment avec la création de projet de numérisation ou la constitution d’un fonds d’eJournals, les bibliothèques ont ralenti le rythme de l’hybridation.

 

L’hybridation, un problème générationnel ?

 

Ainsi, l’hybridation n’a pas encore eu l’occasion de faire son nid.

Néanmoins, cette situation n’est pas étonnante : notion encore fraîche de quelques années, elle n’est entrée dans les mœurs bibliothéconomiques qu’il y a peu dans les nouvelles grilles de formation du secteur.

Il est à noter que je n’emploie pas, à dessein, la notion de conflit générationnel : l’hybridation n’est pas le fait de simples étudiants de la génération Y envahissant petit à petit les territoires des X.

En effet, la plupart des idées concernant l’hybridation est issue des progrès menés par les fameux X ; les projets entrant dans ce cadre sont essentiellement menés par des X ; l’introduction de ces notions dans les cursus scolaires est du fait des X ; etc.

Qui plus est, la notion même de conflit générationnel n’a pas sa place ici : les écarts entre promotion 2005 et promotion 2010 sont tout aussi importants qu’entre les digital natives et les digital immigrants.

 

L’hybridation par la racine

 

Tous ces détails nous mènent enfin au problème de fond : comment permettre à cette refonte des conceptions de prendre son véritable essor ?

La culture nécessaire à sa mise en place, la motivation et la conscience du défi sont bel et bien présentes parmi certains d’entre nous ; notamment parmi les plus jeunes.

Ceux-ci — dont je fais partie — ont donc une tâche de choix : convaincre de la nécessité, initier les projets et … former les effectifs. On retrouve ainsi une structure formative tout à fait inversée : alors que la tradition veut que les anciens forment les nouveaux à la bonne gestion des outils, c’est désormais l’inverse qui se produit.

L’hybridation investie par les formateurs en sciences de l’information et par les « crapauds fous » a désormais fait son chemin et a infiltré les besoins & désirs des plus jeunes.

Ayant atteint les bas-fonds du secteur, il est maintenant nécessaire que ces nouvelles notions remontent des racines, jusqu’au sommet : les bibliothécaires hybrides doivent propulser leurs idées jusqu’à la plus haute feuille, afin d’insuffler une nouvelle vie à l’ensemble du système.

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Posted in: Hybridation, Infodoc