Folksonomie & web sémantique ne sont pas antinomiques

Posted on 1 mars 2010

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Dominante à l’heure actuelle, la folksonomie [1] met à mal nos systèmes traditionnels d’indexation : chacun peut intégrer ses propres « tags » sur un document (photos avec FlickR, vidéos avec Youtube,… jusqu’aux livres sur nos SIGB), afin d’en définir le contenu. Les débats, ouverts il y a bien longtemps, concernant l’utilité de la combinaison indexation-folksonomie sont légion. Néanmoins, le problème à venir est pourtant nettement moins traité :

Quid de la cohabitation du graphe sémantique et de la taxonomie populaire?

Dans les discours traditionnels, on tend à opposer ces deux modes de fonctionnement, tant les deux systèmes sont différents : d’une part, la folksonomie se résume à une indexation de type horizontal, où les liens sémantiques ne sont absolument pas représentés ; d’autre part, le web sémantique correspond à une indexation « 3D », dans laquelle chaque relation est représentée, dessinant une gigantesque toile entre les termes. Tout, donc, tend à une incompatibilité.
Néanmoins, la folksonomie, pourtant souvent dépeinte comme un échec complet du système informationnel (pas de structure, utilisation incongrue de pseudo-descripteurs à des fins personnelles, aucune gestion de la synonymie,…), n’est pas réellement une indexation « à plat ». En effet, on ne considère comme équivalent tous les termes employés dans les tags : personne n’associe un terme générique de type « science » à un plus spécifique de type « astronomie ». La relation hiérarchique est bel & bien présente dans nos représentations mentales.
La folksonomie est donc un système « à plat » pour la machine et dans ses représentations informatiques, mais reste un système multidirectionnel pour l’homme.

Avec l’arrivée du sémantique, on assistera à une superposition du graphe pluridirectionnel et de la folksonomie horizontale : chaque descripteur utilisé dans le cadre de l’indexation sociale sera intégré dans le graphe sémantique, par la machine. L’apport de la folksonomie s’en verra décuplé : là où actuellement elle n’est efficace que dans nos propres schémas mentaux, elle servira également de source à l’indexation automatique.

Ainsi, plutôt que d’observer une forte opposition entre ces deux types d’indexation, on assistera à la transposition des schémas mentaux que nous effectuons à l’heure actuelle dans un système informatisé. Le graphe sémantique se calquera donc sur nos propres modes de fonctionnements, grâce à la folksonomie. En associant les descripteurs sociaux par des liens hiérarchiques et en les rendant multidirectionnels, le web sémantique permettra donc une véritable intégration des tags dans nos recherches.

La combinaison du sémantique avec la folksonomie n’entachera donc en rien la réaction actuelle de l’utilisateur face à un système de recherche : encore une fois, tout comme signalé dans mon article sur la sérendipité, le web sémantique « ne fera que » ajouter une couche supplémentaire à la compréhension et au traitement automatique de l’information.

[1] Infos supplémentaires : Folksonomies. O. Le Deuff. BBF, 2006

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