Comme j’ai tendance à l’observer auprès des autres étudiants de mon master, on tend à associer web sémantique et ordre, rigidité & froideur. Pourtant, rien n’indique que le web sémantique sera si “automatisé” que l’on le pense ! Je ne vais pas rentrer dans le débat du web socio-sémantique (en tout pas cette fois-ci), mais simplement tenter d’abolir ces idées d’un web sémantique robotisé, sans âme.
Pour commencer…
Quels liens peut-on voir entre web sémantique et sérédenpité ? D’une part, on retrouve une architecture de l’information très solide, aux liens durs, à la hiérarchie inébranlable. La rigidité par excellence : à chaque chose sa place, à chaque place sa chose. D’autre part, on assiste à une recherche hasardeuse, passant de lien en lien, offrant des résultats inattendus, non pertinents mais pourtant utiles. L’exemple même du désordre informationnel.
Comment donc associer ces deux concepts ? C’est assez simple : tout est une question de … concepts ! Le web sémantique, en effet, gère des concepts, les structure, les lie afin d’obtenir un ensemble construit : le graphe. Néanmoins, ce graphe n’a qu’une seule vocation : aider la machine à traiter l’information. Là où des liens seront créés, la machine pourra interpréter les informations, utiliser les ponts entre les concepts pour chercher l’information pertinente.
Par contre, le web sémantique ne changera rien (ou très peu) à la recherche humaine : celle-ci sera assez proche de ce qu’elle est maintenant. La grande différence, c’est qu’une recherche humaine via le graphe mènera à une forte augmentation de la sérendipité : quittant le saut de liens en liens, de serveurs en serveurs, on passera directement de concept à concept. Ceci va, sans aucun doute, nous mener à une plus grande divagation d’esprit : là où pour le moment on clique “pour voir ce que l’autre dit”, le web sémantique nous fera cliquer pour voir quel lien existe entre deux concepts.
Pour rendre ça plus concret :
Sérendipité actuelle (via Wikipédia) : web sémantique → ontologie → RDF → XML → XHTML → PDA → etc.
Sérendipité “sémantique” (avec Tabulator [1]) : France → Fromage → Boycott des USA → Nucléaire iranien → etc.
On voit donc que, d’un côté, on saute de liens en liens, tout en restant dans un domaine tandis que, de l’autre, on peut quitter un thème très rapidement.
La sérendipité par concepts est effectivement accrue, car on n’est plus limité par une indexation manuelle. Les liens ténus émergent plus facilement grâce au sémantique, ce qui laisse une plus grande liberté d’action à l’internaute, contrairement à l’idée de rigidité préconçue.
[1] Tabulator
aamonnz
4 février 2010
“Le web sémantique, en effet, gère des concepts, les structure, les lie afin d’obtenir un ensemble construit : le graphe. ”
Hum… des concepts ou des signes ? Ou des signes (techniques) tenant lieu de “concepts” ?
Ou encore des “choses”, par référence directe ?
Il me semble que la place du concept dans le cadre du Web sémantique est peut-être un peu plus complexe qu’on ne le croit généralement…
SebDeclercq
4 février 2010
Pour la machine, de signes en effet. On est très loin d’un web sémantiquement construit, où la machine sera capable d’appréhender la notion de concept.
On se tourne vers une analyse de signes, qui seront reconnus (morpho)syntaxiquement pour donner du sens, et non pas vers une analyse de sens en lui-même.
En tout cas dans un premier temps (?).
Le terme de concept a été choisi ici car il est plus simple et plus porteur de sens pour nous, l’objectif de ce billet n’étant pas d’entrer dans les débats sur le pourquoi du comment du sémantique.
Mais sur le fond, je suis tout à fait d’accord
aamonnz
5 février 2010
Je comprends parfaitement. C’est juste que le mot “concept” me fait peur
Il semble résoudre des problèmes qu’il faudrait au contraire poser en premier lieu…